Mais que devons-nous faire de toi, petit papi ?

      Le premier Noël de l’ère dite « du début de la lucidité » pour Louise nous a posé un cas de conscience éducatif, à ma femme et moi. Que devions-nous faire de ce cher petit Père Noël ?

Ma femme était – et demeure – plutôt partisane de ne pas trop emmener notre fille dans le décorum imaginaire de Noël, un peu parasite à ses yeux, de rester sobres, d’en mettre en avant les valeurs de partage et d’attention à l’autre (bon, dis comme ça, on peut difficilement être contre, et du coup, je vais passer pour un monument de superficialité avec mon « opposition » à venir). De mon côté, j’aime en faire des caisses, raconter à Louise l’usine du Père Noël, la vie (de merde, au fond) des petits lutins, l’armada technologique des rennes et j’en passe…

Il faut donner, comme élément de contexte, Noël dernier que ma tendre moitié a vécu comme un traumatisme, en découvrant le comportement de mes petits cousins. Les trois (oui, trois, à ce niveau de réitération, c’est du serial killing), avaient agi comme des pourris gâtés, et elle avait eu envie de crier : Non, ce n’est pas le cadeau du Père Noël que vous venez de jeter avec dédain parce que vous ne l’aviez pas « commandé » (Argh…), mais le truc qu’on s’est cassé le cul à acheter et qui nous semblait un poil plus intelligent que les merdes en plastique qui vous attirent comme des mouches. Un peu plus et elle les leur faisait bouffer en espérant une intoxication au Bisphénol. Elle s’était retenue (pour la bonne fluidité des rapports TRÈS épisodiques que j’entretiens avec ma famille éloignée), mais l’expérience a laissé des séquelles.

Pour ce deuxième Noël de Louise, notre différence de sensibilité n’a pas été sans poser quelques problèmes. Tout a commencé quand nous sommes tombés sur le cadeau idéal un jour de courses où nous étions avec notre fille. En bois, peu cher, un bateau de pirates absolument génial (avec une capitaine fille !!!), qui s’arrachait comme des petits pains. Si nous sommes tombés d’accord assez immédiatement sur l’envie de le lui acheter, les conditions de l’acquisition ont fait l’objet d’un débat âpre (mais rapide et en mode chuchotis, vous l’imaginez bien, on ne s’est pas posés non plus autour d’un thé au cœur du magasin pendant une heure). Ma femme était pour qu’on le prenne, sans en rajouter, en essayant d’être discrets mais sans plus (façon fond du caddie), tandis que je refusais l’idée de prendre le risque que Louise puisse entrapercevoir ne serait-ce qu’une voile du bateau, donc plus pour la technique « Cours, cours, jusqu’à la caisse comme si ta vie en dépendait et enferme moi ça sous des tonnes de couvertures dans le coffre de la voiture, à double-tour ». J’ai remporté le débat, ma femme s’est collé au sprint pendant que je faisais diversion, arrivée à la voiture, elle avait oublié les clés, je le paye encore aujourd’hui…

Que voulez-vous, moi, j’aime cette histoire de Père Noël, j’aime entretenir la magie de ce truc, et surtout, je ne me suis jamais senti trahi par mes parents à ce sujet, il me semble plutôt avoir vécu la découverte de la vérité de façon assez douce,  comme le sésame de mon entrée dans le monde des grands garçons. Dans ma petite construction, je voudrais en revanche que le monsieur soit moins représenté. Sans entrer dans un débat tendu sur les méfaits de l’idolâtrie, s’il fallait qu’un seul personnage imaginaire demeure mystérieux jusque dans ses représentions, j’aurais aimé que ce soit lui.

L’autre illustration parfaite de notre cas de conscience a pris forme lorsque nous avons croisé, à deux reprises, des Pères Noël dits « de grande surface ». Les nôtres étaient bien faits (bravo les gars, quel courage), pas le genre barbe filasse à trois poils, 40 kg tout mouillés, acting façon « Plus belle la vie ». Non, de beaux pères Noël, tout en rondeurs joviales et ce qu’il y a de plus crédible.

Moi : – Tiens, regarde Louise, Le Père Noël.

Regard sombre (bouh, qu’il fait peur, celui-là) de ma femme et chuchotis (c’est fou comme on chuchote à l’approche des Fêtes) :

– Laurent. On a dit qu’on n’en rajoutait pas. Si elle croise des Pères Noël à chaque fois qu’on va faire les courses…

Moi : – Par contre, c’est un faux, ma chérie.

Ma femme : – Super, donc on vient de lui laisser entendre qu’il y avait un vrai. Alors qu’on avait dit…

– Aaaaaaaaaaaaaaaah (Crise de démence fulgurante)

Franchement, Petit papi, il est bien compliqué de savoir quoi faire de toi… Tu aurais pu écrire un petit manuel. Quelle stratégie adopter, quoi dire quand on arrive chez les grands-parents, que les cadeaux sont déjà au pied du sapin, et qu’il faut ajouter les nôtres ?  Diversion, pour conserver la magie ? Ok, mais difficile d’éloigner les enfants fascinés par la montagne de cadeaux (nous sommes raisonnables, mais comme nous commençons à être près d’une quinzaine, même deux cadeaux par personne, ça fait une masse). Alors on dit, ah oui, il faut qu’on ajoute ceux que le Père Noël a déposé chez nous pour papi et mamie (mais franchement, ça fait mal foutu, comme organisation). Oui, Noël, c’est comme le foot, il est plus facile de jouer à domicile.

Et que dire, quand tatie tend un cadeau en disant :

– Tiens, ma Loulou (Beurk, on s’est fait suer à l’appeler Louise, ça t’enquiquinerait de t’y conformer ?), ça, c’est tatie.

Louise : – C’est tatie ? (Ben, oui, qu’est-ce que ça veut dire, c’est tatie ? C’est tatie, le gros éléphant en peluche ???)

– Ce cadeau, c’est de la part du Père Noël de tatie.

– Elle a un Père Noël à elle, tatie ? Moi aussi, je veux un Père Noël rien qu’à moi…

Et meeeeeeerde.

Bonjour la cohérence.

Alors, bon, Noël, ce n’est qu’une fois par an, heureusement. On va finir par trouver une voie un peu cohérente, ce qui nous amènera sans doute à la majorité de Louise. Peaufiner le discours, la stratégie… Et en attendant, on va continuer à patouiller joyeusement.

Continuer à parler de toi dans un joyeux bordel où s’entremêlent le faux, le « faux complètement faux », le « un peu vrai si on regarde les choses sous un certain angle », les incohérences et les contradictions. Puis il y aura un moment ou Louise n’y croira plus, où nous aurons enchainé trop de boulettes, où les enfants de son âge seront entrés dans la partie.

Ton histoire, Père Noël, est vraiment l’illustration du fait qu’il est parfois salvateur de ne pas se prendre la tête, de vivre les choses simplement, d’accepter nos errements, de rire de ces choses-là auxquelles nous n’avions pas réfléchi 8 mois avant la naissance de notre fille.

Je t’embrasse, je t’aime bien, à l’année prochaine 😉

L.B-S

4 réflexions sur “Mais que devons-nous faire de toi, petit papi ?

  1. Coucou j’ai beaucoup aimé cette réflexion à laquelle je ne me permettrai pas de dire il faut faire comme ci ou comme ça.
    Est-ce bien de délirer autour de notre gentil bonhomme barbu rouge (merci à Coca cola en passant😣) ?
    Mais moi je suis comme toi et même si maintenant tout le monde est trop grand pour y croire nous continuons tous d’en parler comme s’il existait …😄 est-ce grave docteur ?
    Et cette année le +jeune de mes petits enfants m’a dit « mais Nanou il n’existe pas hein ? »  » non mais tu ne trouves pas que c’est une très belle histoire ? » « Si » « voilà c’est le conte que l’on raconte tous les ans en préparant la maison, en faisant des gâteaux et en écoutant des chants de Noël. C’est le conte qui sent la clémentine, les épices et le chocolat. Tu ne trouves pas que c’est formidable et qu’on est bien ? « Ah si ».
    Moi cela me suffit pour Continuer le délire 😍 et ne pas me prendre la tête.
    PS chez nous le Père Noël ne passe QUE pour les enfants…sages bien-sûr les adultes s’offrent des cadeaux s’ils en ont envie 😉.
    Bises

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  2. Vaste débat chez nous aussi : entre un papa qui trouve que c’est « mentir » aux enfants, et moi qui aime bien toute la magie autour d’une sorte de légende… au final, à 4 ans, quoiqu’on dise (ou non), le Père Noel ils en parlent beaucoup entre eux à l’école, et c’est tout de même bien mignon. Pour « ma » part (ça n’engage que moi), je n’en fais pas des tonnes, mais je ne trouve pas ça plus pervers que de le laisser croire aux supers héros ou de faire comme si les poupées ou les peluches étaient bien vivantes dans leurs jeux. (sans leur dire « ton jeu, c’est du flan »). Ils auront bien le temps de se confronter à la réalité. (mais toujours, hein, ce n’est que mon avis)

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  3. bonsoir !
    Notre loulou a 3 ans 1/2. Nous ne voulions pas franchement lui faire croire au pere noel… Nous avons achete avec lui quelques cadeaux (pour lui ou les autres), nous en avons confectionne d’autres. Et puis voila qu’un jour il me demande « Maman, c’est qui qui donne des cadeaux a noel ? » Et il evoque le PN… Je lui ai repondu que les gens qui nous aiment nous font des cadeaux, et que nous en donnons aux gens qu’on aime, et que je n’avais jamais vu le PN, donc je ne savais pas.
    Mais plus les jours passaient, plus je le sentais a fond dans son trip du PN…. Et finalement, devant ses cadeaux, il n’y a que PN qui compte !!!!!!!! Meme la cuisiniere achetee ensemble, devant laquelle il bavait, il me dit que c’est le PN !!!!!!!!
    Le lavage de cerveau, pour moi c’est clair, il a eu lieu a l’ecole !!!!!!!!!!!!!!!! Je ne leur en veux pas… Voila, mon enfant est entre a l’ecole, et dans notre societe……… Entre les copains et l’enseignement, il a appris qu’un gros bonhomme rouge et blanc lui apportait des cadeaux…. Voila
    Merci pour vos articles et vos videos ! C’est rafraichissant, et tres eclairant d’avoir le point de vue des peres !
    Bisous a vous ! et aux enfants

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