Une fille, son père et l’enfer sous les tropiques de plastique.

        Il est une terre de contrastes émotionnelles pour moi, un endroit à nul autre pareil où je suis tout à la fois gamin de 3 ans et papa horrifié : les structures de jeu payantes, couvertes.

Oui, je brise un tabou : tout papa positif que je tente d’être, j’aime aller avec Louise dans ce genre d’endroit. Quand la maison devient trop petite pour ma petite tornade et qu’il pleut comme vache qui pisse, quand je n’en peux plus d’enchainer les activités manuelles frénétiquement, ou que peinture et pâte à modeler, pâtisseries et coloriages me sortent par les yeux. J’y suis tel un curé à Pigalle, c’est un plaisir honteux.

J’y aime follement les jeux proposés et la sécurité déployée. J’y déteste en vrac : les autres enfants, les autres parents, les jeux payants, les crêpes hors de prix, le goûter maison interdit, le bruit, la déco criarde… (J’en appelle à Manu, crée donc un service public des parcs de jeux couverts et tu remonteras dans mon estime à près de 80% de taux de satisfaction. La loi travail, la baisse des APL, la suppression de l’ISF, tout ça sera oublié).

Nos incursions dans ce petit monde de l’hystérie enfantine sont assez ritualisées. La porte s’ouvre, la chaleur, les cris et l’euphorie nous enveloppent et nous happent, et l’excitation s’empare de nous. Mon taux d’adrénaline grimpe. Ça va être à moi. Protecteur, joueur, Suiveur. Vite, vite, nous fendons la foule des parents qui patientent à leurs tables comme on patiente chez le garagiste pendant la révision d’une voiture, jetant parfois un regard au loin pour vérifier l’intégrité physique de leur môme. Il balance des legos géants à la tête d’un autre enfant ? Bon, ça va, tout est prévu, ils sont en mousse, oui, donc, je te disais, Chantal, elle a vraiment un problème avec le travail, cette conne….

Nous quittons nos chaussures et cherchons une petite chaise libre pour les y installer, avec nos affaires. Rien de précieux dans notre sac, si ce ne sont les compotes du goûter qu’on bâfrera en loucedé à l’abri du regard des gérants. Dans mes poches, le strict minimum pour ne pas être encombré. Et là, c’est parti ! Louise n’a pas encore trois ans, mais elle n’a que faire de l’espace qui lui est réservé. Le monde des 4-8 ans, c’est notre terre d’aventures, un endroit qui ne nous est pas destiné, ni à elle, ni à moi, un parfum d’interdit (Oui, depuis que je suis papa, j’ai la transgression minimaliste). On enchaine les toboggans, on escalade des gros cubes de mousse, on plonge dans les piscines à boules…

Je suis bodyguard, je suis rempart, contre les grandes furies plus costaudes que Louise, qui courent comme des taureaux, je suis marche-pied quand l’obstacle est insurmontable. Parfois, j’ouvre les yeux, je redeviens adulte, ça me soule, je râle, quand je vois une petite fille de 6 ans, qui est allée extraire sa sœur d’à peine 24 mois (oui, en mois, ça dramatise) de son espace réservé pour essayer de la hisser au sommet du plus haut sommet, comme une poupée de chiffon. Je la remets sur le droit chemin et replonge aussi sec en enfance. Oh, un autre parent avec son fils dans la structure ! On se salue, on essaye de se croiser, encombrés tous les deux par nos corps surdimensionnés pour l’espace (c’est le seul endroit sur terre où mon corps est surdimensionné). Dans le regard, de l’estime respective. Et chacun poursuit son exploration.

Vient toujours, dans l’après-midi, un moment où Louise finit par être happée par un des odieux dispositifs d’engrangement de fric supplémentaires disséminés un peu partout dans la structure. Un distributeur de balles rebondissantes par ci, un mini flipper par là. Louise, on a déjà payé l’entrée… La plupart du temps, ça marche. Sinon, oh ! Un calamar (Louise adore les histoires de calamar géant) et finalement, nous voilà repartis.

Après deux heures de jeu, en sueur (et en ce qui me concerne, quand mes oreilles commencent à saigner), nous repartons. J’aime voir ma fille aller remercier les gérants, comme s’ils étaient de gentilles fées généreuses (alors que moi, je sais que ce sont de vilains trolls des montagnes, assis sur un trésor).

C’était bien, papa.

Coool.

La prochaine fois, maman viendra avec nous ?

La prochaine fois, tu viendras avec maman, chacun son tour.

Un jour, je resterais à la maison comme ça, vous pourrez venir tous les deux.

(…) C’est gentil, ma chérie (Alors, comment dire, j’émets l’hypothèse que ce jour-là, on choisira peut-être une autre activité…)

Voilà, je suis fier de parvenir à t’emmener dans ce genre d’endroit (et d’en sortir vivants). Je ne te soustraits pas à cet aspect du monde, un peu consumériste, un peu superficiel, un peu préfabriqué, peut-être que je le devrais… Je ne sais pas. Je me dis qu’inéluctablement, tu y seras confrontée, tôt ou tard. Qu’il est de mon rôle de t’apprendre à vivre avec, à la bonne distance. Oh, et puis, merde, ça, ce sont mes schizophrénies d’adulte. On a juste passé un putain de bon moment…

L.B-S

 

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