Un légume pas nommé désir

Il y a quelques mois encore, servir un repas à notre fille nous installait, ma femme et moi, dans le même état de stress que le visionnage du film Freddy : Les griffes de la nuit… Sauf que le titre du film de notre vie changeait au fil des jours : Louise et les poireaux, Louise et les tomates, Louise et les brocolis… Personne ne vous entendra crier à midi…

Au commencement de la diversification, tout s’était bien déroulé. Nous rivalisions d’idées pour inventer des purées les plus festives possibles. Tout y passait, des légumes d’aujourd’hui à ceux d’antan, des légumes populaires aux oubliés pour de peut-être pas si mauvaises raisons. Et Louise les dévorait avec entrain. Nous lisions dans les livres spécialisés à quel point nous étions des parents géniaux, que tout serait facile ensuite car ce qui passait par sa bouche une fois serait bien accueilli par la suite… Mon c…

Je ne sais pas à quel moment les choses ont précisément dérapé. Dans mon souvenir, c’est quand nous avons cessé de tout mixer, date à laquelle a commencé à être possible LE TRI. A partir de ce moment-là, Louise sembla s’être dotée d’un radar de détection du végétal dernier cri. Même les petits oignons de quelques millimètres carré des pâtes à la carbonara subissaient son courroux. Un, deux, trois, et quand elle en découvrait un quatrième, elle jugeait l’assiette définitivement contaminée et la repoussait avec dédain.

Les mois qui suivirent, notre unique espoir de parvenir à lui faire avaler des légumes consistait soit à user de trompes-l’œil  façon Top Chef (tagliatelles de courgette, nuggets de chou-fleur, ah ah, tu l’as pas vu venir celui-là), soit à ensevelir douze minuscules grammes de poireau sous un litre de béchamel et de gruyère. Nous nous raccrochions alors à l’idée que la présence d’un minuscule millimètre cube de légume sous cette avalanche de protéines lactées rattachait notre plat à la grande famille des mets équilibrés, sans trop y croire.

Pendant quelques mois, happés par le tumulte de la vie qui réduisait à néant notre combativité, petit à petit, la résignation pris le pas. La poêlée de pommes de terre dit adieu aux carottes (désolé les filles, vous êtes le maillon faible), les oignons furent bannis, quant aux légumes oubliés, ils retournèrent rejoindre Alain Juppé au panthéon des gloires résilientes. Pâte-steack, riz-poisson, Pommes de terre-croque-monsieur, la diététique était devenue notre paradis perdu .

Bien sûr, nous ne l’assumions pas  et pour faire bonne figure chez nos amis, mimions l’étonnement quand devant eux, notre délicieuse progéniture repoussait une assiette de légumes. Oh ben dis donc, qu’est-ce qui t’arrive aujourd’hui, ah, c’est le basilic, ah oui, elle n’aime pas le basilic, quel dommage, parce que tout ce qu’il y a dessous, elle en raffole, vous n’auriez pas plutôt des pâtes, ah il vous reste des légumes sans basilic, vous en aviez fait de trop… et merde…

Et puis un jour, le messie arriva. Une femme. Notre nounou. Pour des raisons d’organisation, elle nous proposa de se charger des repas de midi. Euh… Des repas de midi? Vous avez des envies suicidaires et vous ne savez pas comment procéder?

Le soir du premier jour, nous n’en menions pas large. Qu’avait-elle tenté?

Une tomate. Elle avait tenté la tomate. Une simple tomate, mais pour nous, un grenade dégoupillée. Et notre fille l’avait mangée. Une tomate!!!! Une vraie tomate, pas un trompe-l’œil en viande hachée, non non.

Depuis ce jour, nous avons repris le combat avec ardeur. La tomate jurisprudentielle nous a donné confiance, et nous regagnons du terrain dans notre guerre contre la domination des féculents et des protéines. Bien sûr, à la vue d’un brocoli, Louise continue de tordre le nez. Mais elle goûte, et c’est le principal.

Parents, il faut accepter l’idée que notre relation avec nos enfants, aussi bienveillante, structurée et attentive soit-elle, a parfois besoin du concours des autres. Et qu’il n’y a pas de honte à cela, pour le bien de nos chérubins.

L.B-S

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