Ma fille, ses cheveux, ma bataille.

    Hier, l’astre de mes jours – qui partageait seule ma vie avant que l’astre-de-NOS-jours ne nous rejoigne – s’est absentée tôt le matin. Je me suis, par conséquent, retrouvé seul  à m’occuper de Louise, de A à Z,  ou plutôt de R à L, du réveil jusqu’au largage chez la nounou.

Comme nous sommes un couple normal (ouh, le provocateur), cela ne me posait pas de problème particulier. Je sais ce qu’elle mange au petit-déjeuner, quelle peluche lever avant quelle autre sous peine d’incident diplomatique majeur, quelle distance de sécurité maintenir entre sa bouche (d’égout) et mon nez…

Enfin, presque pas de problème, devrais-je dire.

J’aimerais être en droit de vous écrire que les cheveux de ma fille sont indomptables, crépus et qu’ils ont servi de modèle aux inventeurs du velcro,  que chacune de ses mèches semble dotée d’une capacité à se mouvoir et à prendre des décisions de façon autonome, mais il n’en est rien. Les cheveux de ma fille sont lisses et dans l’ensemble plutôt dociles. Mais moi, je suis un manche…

Dans la répartition des soins à apporter à Louise, le coiffage a, très rapidement, été pris en charge par sa mère. Pour lutter contre les stéréotypes, nous aurions pu contrarier nos natures, mais tout – pour le bon fonctionnement d’une maison – ne peut pas prendre un caractère politique et militant. Merde, quoi, parfois, on peut aussi se rendre à l’évidence, ca n’a peut-être – sans doute? – rien à voir avec le fait que je sois un homme, mais pour moi, coiffer, c’est l’enfer.

Je n’ai aucun goût de l’esthétique capillaire (la preuve, mes propres cheveux s’en sont rendu compte et ont commencé à déménager au fond du siphon de la douche depuis belle lurette), et encore moins de savoir-faire.

Louise, elle, a parfaitement conscience de l’étendue des possibilités qu’offre sa chevelure,  renforcée en ça par l’incroyable dextérité de sa mère : tresses, couettes, tresses de tresses, couettes de tresses et tresses de couettes, élastiques et barrettes…

Moi, je n’ai à mon catalogue qu’une seule proposition : la couettasse décentrée.

Avec moi, rien ne va. J’ai beau partir du sommet de son crâne, les deux mains en étau, plaquées,  pour redescendre jusqu’à sa nuque, il y a toujours des foutus creux et des bosses récalcitrantes. Une fois, deux fois, trois fois, je renonce finalement à mes prétentions de perfection et préviens mentalement les cons de cheveux qui n’ont pas voulu faire partie de l’aventure que tout ça se règlera le soir même, au bain.

Ensuite, il y a le premier tour d’élastique et tout se passe à peu près bien. Tous les cheveux sélectionnés par mes mains malhabiles sont au garde à vous. Au deuxième, j’ai déjà perdu un tiers des effectifs. Au troisième, j’enserre la seule mèche un peu benête qui n’a pas pensé à se carapater. Au quatrième, finalement, dans un sursaut, elle a réalisé que toutes les autres s’étaient barrées, et le dernier tour se fait gentiment dans le vide.

Je recommence, en ayant cette fois-ci, préalablement préparé les quatre tours d’élastique autour de mes doigts. Tout glisse, mais je parviens quand même à choper la queue de la queue, trop heureux, et là je remonte, tout part en vrille, ça tire, c’est trop à droite, non non, je t’assure, c’est vraiment joli ma chérie, dommage que tu n’aies pas d’yeux dans le dos pour voir ça, non, non, on n’a pas le temps de se regarder dans le miroir, on va être en retard chez Nounou.

Et malgré tout, au moment de quitter la maison,  quand je contemple mes créations dandiner dans le vent (la couette et son insouciante propriétaire), je suis heureux et fier. Certes ma coiffure laborieuse n’a pas la classe mainstream des œuvres élégantes mais fainéantes de sa mère (chérie, fais donc une couette de couettes de tresses de tresses et je réviserai mon jugement), mais c’est MOI qui l’ai faite.

J’ai fourni un effort considérable, je n’ai pas cédé à la facilité d’utiliser l’aspirateur ou un collier de cerclage en plastique, j’ai investi un champ de la parentalité qui ne m’était, à priori, pas ouvert, au regard de mes compétences.

Je n’ai peut-être pas encore remporté la guerre, je ne monterais probablement jamais au front sans y être contraint, mais le temps d’un matin, j’ai vaincu tes cheveux en bataille…

L.B-S

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